Limousheels - Romancière
Juillet 1615.
Le royaume de France sombre dans le chaos.
Marie de Médicis, veuve d’Henri IV, a confisqué le pouvoir à son jeune fils, Louis XIII. La division règne, des princes de la cour aux nobliaux des contrées les plus isolées. L’ombre de la guerre civile plane. Partout, l’insécurité triomphe. Les troupes armées investissent les provinces et les brigands terrorisent les campagnes.
Jeanne Lachan, une simple paysanne limousine, navigue entre ses tâches quotidiennes à la ferme, les foires et les marchés, les leçons d’un vieux marin et la science des plantes, malgré les cendres des bûchers de sorcières rousses qui flottent encore.
Mais l’équilibre fragile de son bonheur est menacé par l’époque troublée et ses inévitables profiteurs aux rêves de pouvoir. Sa jeunesse suscite d’inavouables envies, sa réussite attise les désirs de fortune et l’hypothétique trésor de son mentor enflamme les imaginations.
Et si, pour Jeanne, l’âpre lutte pour sa survie devenait la première étape d’une longue épopée d’aventures, de découvertes et de connaissances ?
Parution : 27 juin 2025
392 pages
Prix broché : 19,90 €
Prix ebook : 4,99 €
Format : 21 x 14.8 cm
ISBN : 9782322596461
Extraits
Bordée fugitive, chapitre 1
Lundi 6 juillet 1615
09h00, Limousin, royaume de France
— Tête d’âne !
Jeanne Lachan expira entre ses dents et secoua la tête de dépit. Tout en continuant à pester, elle lança un drap à son jumeau, trempé et penaud :
— T’as encore suivi ces deux idiots !
— J’ai pas eu le choix… soupira Joseph.
Son frère se déshabilla et se sécha. Jeanne récupéra ses vêtements ruisselants et les étendit au soleil, à quelques pas de la petite ferme familiale.
— Têtes d’âne !
Même cause, même conséquence. Théobald et Théodore, les deux grands jumeaux, comme tout le monde les appelait, déboulaient à leur tour, dans un état similaire, mais avec enthousiasme. Plus vieux, plus trapus, plus courts sur pattes, moins roux et pas bien malins.
— On en a encore trouvé ! répondirent-ils fièrement.
Ils se débarrassèrent de leurs habits dégoulinants, Jeanne les déposa sur le fil.
— Je suis sûre qu’ils en cachent la moitié, murmura-t-elle. Sans rien en faire, juste par avarice…
Joseph approuva en silence. Jeanne et Joseph, malgré leur croissance fulgurante, restaient les petits jumeaux.
— Chez les voisins ? demanda-t-elle.
— Oui. On n’a toujours pas baptisé ce ruisseau…
Jeanne lui sourit avec affection, avec amour. Un poète. Doux, calme, posé, réfléchi, prudent, rêveur. Si proche, si semblable, mais si différent. Son double et son opposé.
— Dieu a de l’humour, il a dû nous créer un soir de fête pour avoir inversé corps et esprits, récita Joseph.
Leur rengaine habituelle. Comme toujours, il lisait dans son cerveau et dans son cœur. Fonceuse, intrépide, aventureuse, Jeanne regrettait parfois de ne pas être un garçon, pour cette liberté d’action dont elle aspirait si souvent.
Bordée fugitive, chapitre 2
Jeanne fouilla dans sa besace, en tira une fiole, l’ouvrit, fronça le nez à l’odeur agressive et versa quelques gouttes sur un autre linge propre :
— Ça va te faire un peu mal, comme une brûlure.
— T’es une sorcière ? demanda Sylvia.
Avec un regard entre admiration, curiosité et inquiétude.
— Les sorcières n’existent pas ! s’esclaffa Jeanne.
— Mais t’es une guérisseuse, seul le diable sait faire ça !
— Mais non ! soupira Jeanne. Les sorcières sont une invention de la bêtise des hommes. Il n’y a aucun maléfice, ce sont que des plantes. Ça s’appelle de l’eau vulnéraire, ça vient des moines et, peut-être même, des Grecs anciens.
— Je sais pas qui sont ces anciens…
Bordée fugitive, chapitre 5
Jeanne se dirigea ensuite vers la grande table, ouvrit plusieurs pots de miel et les sentit. Satisfaite, elle en choisit un, étala de la substance claire sur un morceau de linge et l’appliqua sur la plaie.
— Messire, s’il vous plaît.
Le père leva la jambe du fils qui grogna :
— Je préfère attirer les charmantes guérisseuses que les ours velus !
Jeanne entoura la cuisse d’un bandage :
— Le miel est un excellent cicatrisant, messire. Il paraît que la bave d’escargot atténue les marques d’entaille et apaise les inflammations. La bave d’ours possède peut-être les mêmes vertus…
— Quelle répartie !
— J’ai eu de l’entraînement, messire, j’ai quatre frères.
— Serait-ce une consigne de prudence ? s’esclaffa le blessé.
— Pour deux d’entre eux, messire, je ne peux que vous conseiller de préférer une discussion avec l’ours velu.
Bordée fugitive, chapitre 6
Le cotre, sa voile aurique établie et son canot récupéré, vira. Le schoener allait payer son retard.
La bordée entière du Géar, dix demi-couleuvrines, quatre faucons et trois pierriers, le déchiqueta. Des morceaux de bois volèrent, des cordages lâchèrent, des hommes tombèrent, des cris fusèrent. La fumée flottait et s’étalait. Les trois navires se frôlaient. Cadwalader se retint de tendre la main pour toucher une vergue ou le pavillon du schoener.
Une salve de mousquets faucha d’autres assaillants.
Quelques voiles du Géar se mirent à onduler, les cordages qui les tenaient et les raidissaient, par le bas, devaient avoir été libérés. Encore une fois, Cadwalader pesta contre son ignorance des manœuvres marines. Leur navire ralentit.
Les pierriers tirèrent encore. Puis les faucons. Puis les demi-couleuvrines.
Cadwalader ouvrit la bouche d’effroi devant les ravages causés par les boulets et la mitraille.
À l’arrière du schoener, un matelot amena le pavillon à trois bandes, une jaune, une blanche et une rouge. Des cris de joie montèrent du Géar et du Seas.
— Ils se rendent ! s’écria Fearghas.
Bordée fugitive, chapitre 7
Du gris et du vert, du minéral, de l’eau et de la végétation. Des versants abrupts, une forêt omniprésente, une rivière chantante et joyeuse, courant à toute vitesse sur les cailloux. Sur la droite, quelques maisons entassées et agrippées à la roche. Sur la rive opposée, d’autres habitations, à peine plus espacées. En travers de la vallée, une passerelle suspendue, de bois et de cordes. Un peu plus loin, de grandes constructions. La Dordogne, une large Vézère, avec le même charme. Et le même parfum du bonheur.
Avis et chroniques
La survie de Jeanne m’a tenue en apnée du début à la fin.
→ La suite avec Thaïs (Les Chroniques de Titi)
Copyright © Limousheels, tous droits réservés - Mentions légales et politique de confidentialité - Contact